Hello les soignants ! Voici une nouvelle exploration que je vous propose : l’effet miroir et le syndrome du sauveur ! Comme toujours, ce sont des explorations qui découlent de mes réflexions personnelles depuis plus de dix ans que je suis dans l’accompagnement à l’autre, mais aussi de ma propre histoire avec la maladie (anorexie et boulimie). En effet, j’ai souffert de TCA pendant six ans, je travaille dans le milieu médical depuis 2014 et je suis infirmière depuis 2017. Il n’y a donc pas de jugements de ma part, mais une envie de vouloir partager ces réflexions pour vous permettre peut-être de voir les choses sous un nouveau jour.
J’ai tout d’abord envisagé de rédiger deux articles distincts sur ces deux sujets, mais, finalement, je pense qu’ils sont étroitement liés.
L’effet miroir
Pour commencer, l’effet miroir, ce serait pour moi le fait de se reconnaître à travers l’histoire de l’autre et ceci, peut avoir des répercussions sur notre manière d’accompagner l’autre, mais cela peut aussi faire émerger des émotions ou pensées en nous-mêmes. En effet, il arrive que nous accompagnions des personnes qui nous renvoient une maladie que nous avons traversée ou que nous traversons peut-être ou un comportement qu’on a vécu ou qu’on vit actuellement. Parfois de manière consciente ou inconsciente ou alors, on peut se sentir touchés personnellement quand on parle de ce patient lors d’un colloque, par exemple, avec des collègues et qu’on n’a peut-être pas forcément le recul pour voir la situation dans la globalité.
Conscientiser ce qui se passe en soi, permet, je pense, de moins souffrir avec l’autre ou de ne pas prendre la responsabilité de son histoire, de culpabiliser et de ne pas s’écouter. Cela implique alors aussi de se positionner dans la relation thérapeutique, faire preuve de discernement et oser regarder en soi. Cela peut faire émerger et augmenter le sentiment d’impuissance face à la souffrance, car alors on appréhende la relation thérapeutique d’une position de neutralité, sans projections, donc sans points de repère. Et l’empathie, dans tout ça, malgré tout, qui permet de créer un pont entre les univers intérieurs.
Je ne souhaite pas dire ce qui est juste ou faux. Qu’il faut absolument avoir traversé « ses ombres » pour accompagner l’autre. Elles nous permettent de comprendre aussi l’autre. Comment se positionne-t-on face au patient par rapport à tout notre bagage de vie ? C’est en constante évolution, je pense. Une danse entre le vécu du patient et le nôtre. En parler, c’est une clé, je pense, car ça nous permet de prendre de la distance. La communication, la relation, c’est aussi un outil de guérison, car elles offrent un terrain pour conscientiser des schémas répétitifs, parfois destructeurs, et pour mettre en lumière qui nous sommes peut-être réellement. D’aller toucher le cœur de l’humain.
J’ai souvent eu l’occasion de me poser la question de savoir si l’on peut aider quelqu’un en comprenant sa situation de manière plus profonde, grâce à une expérience personnelle similaire. Je pense que, même si, d’un point de vue extérieur les histoires se ressemblent, il est important de se rappeler qu’elles sont toutes uniques. Nous sommes différents, nous agissons et réagissons différemment.
Le syndrome du sauveur
Pour faire le lien avec mon précédent paragraphe, je pense que, dans le syndrome du sauveur, il y a cette notion aussi de ressemblance entre mon histoire et celle du patient. En effet, le syndrome du sauveur peut émerger, lorsque je pense avoir « résolu » une problématique dans ma vie ou du moins, j’ai suffisamment avancé dans mon cheminement pour entendre la souffrance de l’autre. À quel moment peut-on dire qu’on est guéri finalement ? La vie nous amène parfois encore des expériences à vivres qui nous font émerger des couches en nous qui ont besoin encore d’être entendues. Parfois, nous pouvons nous rendre compte que nous avons besoin de plus de temps. Donc, l’effet miroir avec le patient peut faire s’écrouler cette idéalisation que j’avais de la relation thérapeutique où je pensais pouvoir aider les gens. Mais finalement, être humain, c’est ne pas être parfait et ne pas avoir peut-être tout résolu pour être dans une relation aidante avec l’autre. C’est surtout être conscient de ce qui se joue en soi-même.
Depuis une dizaine d’années, je suis allée observer ces parts en moi du syndrome du sauveur. D’abord en sortant petit à petit de la spirale de l’anorexie et de la boulimie et en m’engageant dans la relation d’aide en tant qu’aide-soignante durant mes études d’infirmière, puis en tant qu’infirmière. Ce sentiment de devoir faire toujours plus pour « me faire pardonner » de tout ce que j’avais fait subir à mon entourage. Comme s’il fallait que je me prouve que je valais assez après ma descente dans mes ombres les plus sombres. Comme si je méritais de souffrir à mon tour aussi. Tout un cheminement pour aller apporter de l’amour à cette part qui souffrait en moi.
Ensuite, j’ai compris aussi à travers l’auto-édition de mon livre « L’appel à la vie – témoignage sur l’anorexie et la boulimie » qu’il n’allait pas forcément parler à toute personne qui vit cette problématique et que ce qui a fonctionné pour moi ne fonctionnerait pas forcément pour les autres. On voit alors la globalité en prenant de la distance. Finalement, on peut élargir cela à une méthode de soin. Est-ce que je me force dans telle branche de l’accompagnement parce que c’est un appel intérieur fort ? Est-ce un appel de mon égo qui pense que c’est « la méthode miracle » qui va « sauver tout le monde » (j’exagère, bien sûr). Mais pour dire qu’on est dans un processus également. Ce qui me parle aujourd’hui ne me parlera peut-être pas demain. J’ai pu observer cette joie en moi, certes, en auto-éditant mon livre à partager mon parcours, mes poèmes, mon cheminement qui m’a amenée vers plus de paix, mais peut-être que ce n’est pas le chemin de l’autre en face de moi. Cela fait émerger la question de l’intelligence de la vie également, le timing de la vie. Peut-être que le patient a encore des choses à explorer, des ombres à découvrir avant de pouvoir aller plus loin.
Quand je pense au syndrome du sauveur, pour moi, cela évoque aussi cette volonté à pouvoir « contrer » ce qui nous échappe. Mais, parfois, il y a aussi des clés de guérison dans l’ombre et ce qu’on pense négatif. Alors, c’est tout un apprentissage d’être dans la foi profonde, la gratitude et une présence guidée pour le plus Haut.
Questions de réflexion :
Ici, je souhaite vous partager quelques questions pour vous accompagner à cheminer vers vous-même :
- Suis-je en train de souffrir avec le patient en me reconnaissant dans ses blessures ou suis-je en train de projeter mon histoire sur l’autre ? Suis-je alors en réaction face à lui ?
- Quelles sont les pensées qui me viennent en observant ce comportement ou en écoutant ce que vit le patient ?
- Si l’autre va mieux grâce à moi, est-ce que mon estime pour moi-même serait améliorée ?
- Ce que je propose fait-il sens pour le patient et moi-même ?
- Est-ce que j’impose ma vision de la guérison (ex. : ce qui a fonctionné pour moi, mes croyances, etc.) ou j’écoute les besoins de l’autre en matière d’accompagnement ?
- Suis-je ouvert à collaborer avec d’autres professionnels ?
- Quelles sont les ressources du patient ? (Famille, autres professionnels, ressources personnelles, etc.) Quelles sont mes ressources ? (En parler, déléguer, etc.)
- Est-ce que je m’accorde du temps pour me reposer ? Qu’est-ce qui me nourrit comme thérapeute ?
- Comment ma propre guérison impacte-t-elle la prise en charge auprès du patient ? Par exemple : si je voulais m’en sortir seul sans aide, serais-je plus sensible à laisser le patient trouver sa solution, à explorer ses ombres ?
- Est-ce que j’ai eu l’aide dont j’avais besoin à l’époque ?
- Est-ce que ce que me reflète le patient, j’ai pu le « guérir » en moi, le « transformer » ?
- Selon moi, est-ce que, pour accompagner et aider l’autre, il « faut » avoir transformé ces comportements jugés malsains ou néfastes pour la santé, ou alors avoir transformé « ses ombres » ?
- Selon moi, le fait de pouvoir voir le patient avec le même comportement/la même maladie que moi et que cela ne m’affecte pas « négativement », c’est-à-dire que je n’en souffre pas, est-ce un indicateur de ma propre guérison ?
- Qu’est-ce que le patient est venu activer chez moi ? Parfois, ce que dit le patient peut venir à l’encontre de nos croyances, de notre manière de fonctionner. Quelle croyance est-il venu me mettre en lumière ? (Par exemple : Le fait qu’ils ne veulent plus vivre. Quel est mon rapport avec la souffrance ? Le fait qu’ils ne veulent pas d’aide ? Et moi, comment est-ce que j’accepte l’aide ?)
- Quelle peur se cache au fond ? En étant confronté au vécu du patient, parfois, on peut aussi être amené à voir émerger nos propres peurs. Du coup, on réagit au lieu d’être avec sans juger. Alors que le patient peut très bien vivre une situation, de notre regard, cette situation semble intolérable et donc on va projeter sur le patient nos propres peurs.
- Est-ce que je suis dans l’envie de sauver l’autre à tout prix et je ne suis plus dans l’écoute de ce que le patient veut vraiment ? Dans ce cas, est-ce que le travail en équipe me permet de prendre du recul ?
L’effet miroir et le syndrome du sauveur : Quel chemin emprunter comme thérapeute ?
Je vous remercie d’avoir pris le temps de me lire jusqu’ici. Pour conclure mon article de blog, je vais connecter les thèmes de l’effet miroir et du syndrome du sauveur en une question-clé : « Quel chemin devrais-je emprunter en tant que thérapeute ? » Lorsqu’on entreprend dans le métier de l’accompagnement, je pense que de pouvoir prendre conscience de ces questionnements proposés dans mon article, peuvent permettre de clarifier aussi où nous en sommes et dans quelle direction nous souhaitons aller. De voir peut-être aussi qui nous souhaitons accompagner ? En effet, l’histoire de l’autre peut être une porte aussi pour trouver un sens à mon accompagnement. Lorsque je prends conscience de mes croyances, de mes souffrances intérieures, du pourquoi, j’accompagne, nous venons toucher un peu plus de vérité en nous-mêmes.
Mais nous venons aussi toucher notre vulnérabilité. Parfois, ce besoin de nous remettre en question face au patient est nécessaire, seul ou en collaboration. Tout ceci, pour prendre de la distance, mais aussi continuer notre propre chemin de guérison. Un chemin qui se crée alors à chaque instant. Nous touchons aussi à notre vulnérabilité, car prendre soin de l’autre, c’est se rappeler l’impermanence de la vie. Cela réveille parfois des peurs profondes, des doutes, l’impression de ne pas être à la hauteur. Alors, on revient aussi à l’essentiel dans notre vie personnelle, on fait face à des choix de vie parfois. Car, en étant dans un syndrome du sauveur, on peut aussi s’épuiser, ne plus trouver de sens à ce qu’on fait. On se dit alors que, finalement, la vie est précieuse et qu’on souhaite faire au mieux ce qui nous anime profondément.
J’aimerais rappeler aussi que de prendre conscience de tout cela prend du temps, que ça ne se fait pas du jour au lendemain. Personnellement, le métier d’infirmière, le fait d’être maman et médium m’a permis de continuer ce chemin en moi de guérison, de prise de consciences, d’affirmation et aussi d’apprentissage, à savoir comment poser des limites. Et je pense important de rappeler à quel point, de pouvoir parler à d’autres professionnels ou personnes du milieu de l’accompagnement, peut aider, car alors on peut voir les choses sous un autre angle.
Pour continuer à cheminer… découvrez…
Qui suis-je ?
Si tu souhaites découvrir mon parcours, je t’invite à cliquer sur le bouton suivant.